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Découvertes bullées Nos plus belles lectures

Quand le temps ne s’écoule pas de façon linéaire, avec le médecin Jin

À collectionner les mangas, on en oublie parfois de les lire… Et dans toute ma collection, il y a une certaine quantité de volumes que je n’ai encore jamais lus de ma vie. Le manga du jour, vous l’aurez compris, est de ceux-là. Paru de 2007 à 2015 chez Tonkam, Jin nous raconte l’histoire d’un médecin de l’an 2000 qui se retrouve mystérieusement projeté dans le Japon de la fin du XIXème siècle. Je vous invite donc à faire partie de son merveilleux voyage à travers le temps et l’espace…

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Notre héros, Jin Minakata, est neurochirurgien à Tôkyô en l’an 2000. On le découvre alors qu’il opère un patient atteint d’une curieuse tumeur cérébrale. La grosseur logée dans son cerveau a en effet la forme… d’un fœtus ! Alors que l’opération s’est déroulée avec succès, le patient s’enfuit de la salle de repos avec sa tumeur sous le bras, on ne sait trop pourquoi. Jin parvient à retrouver le fuyard, mais tombe de l’escalier quand il tente de l’arrêter… Suite à ça, notre médecin se réveille à Édo, l’ancienne Tôkyô sous la domination du shogun Iemochi Tokugawa !

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Un peu compliqué de comprendre ce qu’il vient de se passer, pour Jin comme pour le lecteur, mais de toute façon l’heure n’est pas à la réflexion. Des samouraïs apparaissent soudainement et menacent Jin, ainsi qu’un homme du nom de Kyotaro, de leur sabre. Dans la bataille, Kyotaro est blessé à la tête avant que les samouraïs ne prennent la fuite. Jin décide d’opérer le jeune homme chez lui pour le remercier de l’avoir défendu. Jin parle à la mère de Kyotaro de faire un trou dans le crâne de son fils, alors forcément celle-ci a quelques réticences… Mais elle accepte malgré tout l’opération, et le médecin parvient à sauver le jeune guerrier de la mort. Dès lors, la maison de Kyotaro Tachibana loge Jin, en remerciement pour l’opération de Kyotaro. Le médecin fait la connaissance de la jeune sœur de son sauveur, Saki, qui semble très intéressée par la médecine…

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Vous l’avez sans doute compris, Jin est un manga historique teinté de science-fiction. L’auteur, Motoka Murakami, nous propose en effet de suivre son héros coincé dans une période importante de l’Histoire du Japon. Et ce héros, par l’anomalie de sa présence, va potentiellement influer les évènements à venir… Au début du manga, la restauration du pouvoir impérial est toute proche : l’histoire commence en 1862, soit six ans avant la restauration à l’ère Meiji. Cela implique pour le Japon plusieurs choses. On constate d’une part une ouverture du pays sur l’étranger, qui induit des changements en profondeur, notamment sur le plan médical… mais pas que. Et forcément, tous ces changements vont entraîner une période de troubles, car la fin d’un modèle vieux de plus de 250 ans n’est pas acceptée par tous…

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Il me semble important de souligner l’effort fourni par le mangaka pour donner à son œuvre beaucoup de réalisme. Il a su s’entourer de personnes-ressources pouvant l’aider dans ses recherches historiques et médicales, afin que rien ne soit laissé au hasard. Ainsi, chaque opération médicale et chaque période de l’Histoire japonaise sont décrits dans les moindres détails. Et le lecteur prend ainsi un réel plaisir à découvrir le manga, sous plusieurs angles différents. En fait le manga est tellement riche qu’il mérite, je pense, au moins deux lectures. La première lecture, pour suivre les petits dramas, le fil rouge de l’histoire à travers ses protagonistes. Et une deuxième lecture, peut-être, pour bien s’imprégner des descriptions médicales et historiques, très riches.

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Comme je n’ai fait que la « première lecture », je vais revenir un peu plus sur les personnages et l’histoire du manga. L’auteur nous propose donc de voir comment Jin peut réécrire l’Histoire de son pays. C’est un postulat intéressant, et qui a le mérite de tenir le lecteur en haleine de la première à la dernière page. En effet on a l’habitude, quand on lit des mangas shônen, de côtoyer des héros aux pouvoirs surhumains que rien ou presque n’arrête. Ici, on sent bien que l’Histoire compte bien se dérouler « comme elle le doit », et pourtant, de temps à autre, Jin change le destin de plusieurs personnes. Son introduction de la pénicilline pour traiter nombre d’infections, est un exemple d’action modifiant le cours de l’Histoire. Alors ce « médecin du futur » peut-il sauver des victimes de l’Histoire japonaise, grâce à ses connaissances ? Le manga se garde bien de nous donner toutes les réponses jusqu’aux derniers chapitres, et quand il nous en donne, c’est rarement « tout blanc tout noir ». La constance de l’oeuvre en terme de qualité force donc le respect (puisque je le rappelle, la série fait tout de même 20 tomes).

Jin est souvent vu comme un Bouddha par les habitants d’Édo. En effet, il fait preuve d’un don de soi peu commun, et il partage volontiers ses connaissances avec toute personne intéressée. Ses soucis personnels semblent toujours passer en dernier. Mais cela n’en fait pas pour autant un héros simpliste, puisqu’il exprime aussi ses doutes, sans jamais en rajouter. Il ressemble à quelqu’un qu’effectivement, on peut aspirer à devenir…

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Je parle de Jin comme du héros, parce qu’il a donné son nom au manga et qu’il en est la figure centrale… Mais en vérité l’auteur s’est appliqué à créer plusieurs « héros ordinaires » dans son manga, permettant à chacun d’entre nous de se reconnaître dans l’un d’entre eux. Ils ont tous des origines différentes, ce qui leur forge un caractère propre. Ils incarnent, à leur manière, les différentes facettes d’une période trouble de l’Histoire japonaise. La jeune Saki, désireuse d’apprendre la médecine, nous rappelle qu’il fût un temps où les femmes n’avaient pas le droit d’apprendre. Elles devaient se contenter d’être de bonnes épouses. Kyotaro a toujours connu la voie du sabre. Alors forcément le sens de son existence même sera un jour remis en question… Le professeur Yamada a consacré toute sa vie à la médecine. Il a pour cela du passer outre les inquiétudes de sa mère ou les railleries de ses collègues… Je pourrais continuer comme ça en vous parlant de beaucoup de personnages. Mes petits préférés restent le guerrier Ryoma Sakamoto et la courtisane Nokazé ; ils font particulièrement écho à ce que j’ai pu vivre récemment avec mon voyage à l’autre bout du monde…

Je ne peux pas en dire tellement plus sur ce manga, ne voulant pas vous gâcher le plaisir de la découverte. Il est malheureusement en arrêt de commercialisation, et c’est bien compréhensible car ce n’est pas un manga « très vendeur », tant pour le sujet qu’il aborde, que pour son héros (un homme à la trentaine bien tassée). En revanche, vous pouvez découvrir l’oeuvre de Motoka Murakami à travers une adaptation télévisée. Les Japonais et les Coréens s’y sont mis, chaque pays ayant produit un drama en 22 épisodes. Pour moi Jin est un manga coup de coeur. Tenir le vingtième volume entre mes mains a été un peu éprouvant, à vrai dire. C’est comme quand on sent arriver la fin d’une relation, ou la fin d’un très bon jeu vidéo… Jin est un manga incroyable, tout simplement.

Cet article vous a été cuisiné par :

Daigo

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